43° 24′ 54″ N 4° 44′ 01″ E Audrey Guiraud
43° 24′ 54″ N 4° 44′ 01″ E

Photos

2012 - 43° 24′ 54″ N 4° 44′ 01″ E
Tirages photographiques contre-collés sur Dibond avec rails.
Formats variables.


43° 24’ 54’’ N 4° 44’ 01’’ E est une allégorie des massifs montagneux. Le titre énigmatique de la
série situe géographiquemnt le lieu dans lequel je me suis rendue afin de produire ces images.
A travers ce travail photographique, je souhaite offrir un autre point de vue sur la montagne,
subvertir les codes habituels, jouer avec les représentations simplistes qu’utilisent les publicités
touristiques mais aussi donner à réfléchir tant sur l’idée de la blancheur que sur ma conception
de l’acte photographique.
Ces étendues enneigées d’un blanc immaculé ne sont autre que des amoncellements de sel
dans une production située entre étangs et mer dans le Sud de la France.
Par la blancheur du sel, je reconstruis une réalité seconde, le référent réel devenant le simulacre
de celle-ci, par son détournement.
Cette série est pour moi une manière de jouer avec l’idée communément admise que la photographie
est le médium de la représentation du réel.
Comme le disait déjà Brecht « moins que jamais le simple fait de photographier une réalité n’informe
sur cette réalité ». Cette conscience d’une vérité mouvante, fragile et en perpétuelle recomposition
nous pousse à renoncer à nos certitudes, à nous questionner et à réinventer au quotidien
notre vision et notre rapport au monde.
Cette série est pour moi l’occasion de mettre en tension les deux montagnes. Si la montagne de
sel ressemble à s’y méprendre à un relief montagneux enneigé, elle a pour fonction de dissoudre
la couche éphémère qui masquait ce relief pour mettre à jour la roche, la végétation et les animaux
qui y vivent.
On peut aussi lire dans cette série une allusion ironique à un retournement historique. Si le sel a
autrefois été un enjeu de pouvoir majeur (on pense notamment à la gabelle) et l’objet d’échanges
commerciaux fructueux, il y a aujourd’hui, comme un renversement de l’histoire. Les salines que
j’ai photographié ne sont plus exploitées. La zone sur laquelle elles se situent est protégée. Le
nouvel « or blanc » fait quant à lui l’objet d’une exploitation intensive, lucrative, mais pas toujours
soucieuse de la préservation de l’environnement.
Cette série est aussi une recherche sur le blanc, cette couleur dont Melville disait dans Moby
Dick qu’elle « n’est point tellement une couleur qu’une absence visible de couleurs comme, en
même temps, la fusion de toutes les couleurs » constatant aussi que « nous n’avons pas encore
découvert le mystère incantatoire de la blancheur »,
Comme il y a une dimension spirituelle dans la montagne, il y a dans le blanc une symbolique qui
se rattache à la pureté mais également à l’effroi, car en nous renvoyant à l’espace infini elle nous
confronte aussi au vide.
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